J. a aussi droit à une vie normale.


Je ne pensais pas écrire un jour cet article. Cette histoire, elle est avec moi depuis l’été dernier. Quand je suis au fond du trou, je me la rappelle. C’est trop personnel d’en parler, mais tant pis. Aujourd’hui, c’est trop difficile.

Si je l’écrit aujourd’hui, c’est parce que je suis mal à l’aise avec le climat français actuel. Et je ne parle pas de la pluie et du beau temps. Je suis mal à l’aise parce que des personnes sont pleines de haine. Et que j’ai de plus en plus l’impression qu’on se retrouve à la veille de la seconde guerre mondiale. « Il faut éliminer ceux que nous pensons responsables de tous les problèmes de la société ». A l’époque, c’était les Juifs, les homosexuels et les Roumains. Et puis les communistes, aussi, question de faire un tout. Est-ce que les problèmes de la société ont disparu en les traitant en esclaves et en les gazant ? Non. Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que c’est… ben les homosexuels, les Roumains et les Musulmans, qui sont responsables de l’imminente fin du monde.

Je sais que l’homme n’apprend jamais de ses erreurs, mais quand même. C’est toujours plus facile d’accuser les autres plutôt que de se regarder dans le miroir et de se remettre en cause.

Personne n’est parfait, personne n’a réponse à tout, personne ne sauvera le monde à lui tout seul. Mais il existe des gens biens. Des gens humains, généreux, qui veulent aider les autres, qui ne jugent pas.

Pour citer une chanson de mon adolescence, « pomme de terre ou pas, quand on souffre on est ridicule ». Oui, on est ridicule quand on est affaibli, quand on souffre, quand on est rejeté. Mais on a le droit d’avoir une chance de s’en sortir. Autant que les autres. Qu’on soit jeune, vieux, crétin ou boulet de service. Je ne comprend pas qu’aujourd’hui on cherche à nuire aux gens qui prennent sur eux d’aider les plus démunis.

Alors je vais vous raconter mon histoire.

J’ai rencontré J. l’été dernier. Il faisait beau, je flânai au soleil, ravie de pouvoir me promener dans Paris. Ravie d’avoir mes jambes, d’être en vie, d’avoir des amis sur qui compter.

J. était assis par terre, avec un gros chien noir qui pleurait. J. m’a demandé une petite pièce s’il vous plaît mademoiselle. La demoiselle que je suis s’est arrêtée pour lui donner quelque chose. Et puis je l’ai regardé de plus près. J. devait avoir mon âge. J. présentait tous les signes de l’état de manque. J’ai bossé suffisamment longtemps dans des milieux bizarres pour savoir reconnaitre ce balancement, ce regard, ce débit de parole. Alors je lui ai demandé comment s’appelait son chien. Et là, nous avons eu une très longue discussion. Sur cette chienne qui n’avait plus de dents, frappé par son ancien maître. Sur l’amour qu’il lui portait au point de lui changer son drap quand elle était malade la nuit. Sur le fait que la rue c’était dur, que les gens ne vous voient même plus comme un être humain. Sur sa copine qui l’a largué, sa fille qu’il ne voit pas grandir. Sur la chance qu’il a eu de trouver une association qui lui a trouvé une chambre, autorisant le chien, sur sa désintoxication à venir, sur sa volonté de s’en sortir.

Oui, J. était un drogué, probablement pas le mec idéal ni le père parfait. J. était un homme comme beaucoup d’autres, avec ses défauts et ses faiblesses, avec ses accidents de parcours. Et pourtant J. a droit à un sourire, à un toit, le droit de tenter sa chance de rentrer dans le droit chemin. Et J. a eu la chance d’être aidé par l’association Le Refuge. Association aujourd’hui violemment attaquée, car elle aide les gens. Les gens comme vous et moi, des gens qui pleurent, des gens qui ont des rêves, des gens qui ont des choses à surmonter pour s’en tirer dans la vie.

C’est ça qui compte, au final. Les gens.

Je ne sais pas ce que J. est devenu. Nous nous sommes dit qu’il fallait qu’il s’en sorte pour un jour rencontrer sa fille. Qu’elle avait le droit de savoir. J’espère que J. est en vie aujourd’hui. J’espère qu’il va bien et qu’un jour, il pourra parler avec sa fille. Au moins des gens auront essayé de l’aider.

Je ne comprend pas qu’on puisse vouloir empêcher des êtres humains d’aider les autres.

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16 commentaires

  1. Je trouve cette histoire très émouvante.
    On préfère parfois, et peut-être à tort se détourner de ces personnes qui peut-être nous font peur et qui reflètent une société en mal de vivre. Et puis quand tu passes devant eux, que tu te dis que ça pourrait être toi, ta soeur, ton père, n’importe qui…

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    • Ce que j’essayai d’exprimer dans cet article, ce n’est pas le fait de passer devant et de ne pas arriver à les aider, c’est le fait qu’il existe des associations qui leur viennent en aide, mais qui sont attaquées justement parce qu’elles leur viennent en aide, et je n’arrive pas à comprendre ça.

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  2. Comme je vous rejoins dans votre façon de penser et surtout d’agir comme vous le faites!!!! Vous êtes admirable vous et vos amies! je découvre votre blog, je suis handicapée moteur en fauteuil, j’aime les gens qui sont sincères, francs, comme vous et il faut s’entr’aider plus que jamais, il y a trop de misère, et on a qu’une vie, pour faire du bien!!! Laissez les autres dire, ils perdent leur temps, et ne comprennent rien à la solitude ou à la misère, car sûrement trop heureux!!!! Je me permets de vous embrasser. Roseline.

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    • Merci beaucoup pour votre message qui m’a beaucoup touché, c’est difficile de livrer ce genre de choses à des inconnus, mais ça fait du bien de voir qu’on est pas seule à comprendre la douleur, la solitude, la misère… comme vous dites, on a qu’une vie pour être heureux !

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  3. Je te rejoins à 100%
    On me traite de malade quand on croise un « copain » à la maison. Bah oui, Claude mange de temps en temps un repas chaud, prends un bain et repart avec des trucs à manger qui se périment pas, et un paquet de clopes si j’en ai. j’ai pas les « moyens » de faire plus. Mais Claude est SDF. « T’as pas peur qu’il te pique des trucs? Et tu le laisses rentrer comme çà chez toi?  »
    Bah oui. Claude est humain,Claude est gentil, Claude a juste pas de bol. Et Claude me fait rire quand je lui raconte mes problèmes à la con et qu’il relativise avec toute la sagesse du monde.
    Si chacun d’entre nous pouvais « agir » au lieu de « parler »…

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  4. Un proverbe Indien dit « Ne jugez pas un homme avant d’avoir marché deux lunes dans ses mocassins »

    Un soir, en prenant le métro après le boulot, un homme d’un trentaine d’années m’a accostée en me demandant une cigarette.
    Il était mal habillé, il sentait mauvais, mais son visage était beau.
    Nous avons discuté le temps de parcourir six stations et j’ai appris que suite à un licenciement et à une descente aux enfers il avait perdu sa femme, sa fille, sa maison.
    Il me restait quelques clopes dans mon paquet, j’en ai gardé une « pour la route » et lui ai laissé le reste.
    Il m’a remerciée et m’a dit que j’étais « belle »
    Je garde un beau souvenir de cette rencontre furtive, j’espère de tout coeur que ce Mr s’en est sorti aujourd’hui, car même si je ne l’ai « connu » que quelques minutes il le mérite.

    J’ai également travaillé avec un garçon homosexuel qui à été mis à la porte par ses parents à l’âge de 17 ans à cause de son orientation sexuelle, il s’en est sorti grâce à sa rage de vivre et c’était un mec formidable et plein d’humanité.

    Une autre histoire ?
    J’ai observé un couple de « gays » pendant mes vacances, ces deux papas s’occupaient à merveille de leur progéniture et n’avaient rien à envier à certains couples hétéros concernant l’éducation de leurs enfants…

    Des histoires comme ça, j’en ai pas mal.

    Que ce soit chez les « Homos », les « Roumains », les « Cathos » (Religion du Livre), les « Noirs », les « Bridés », les « Juifs » (Religion du Livre), les « SDF », les « Musulmans » (Religion du Livre), les descendants de « Ritals », et tous les peuples de la Terre, il y à des gens biens et des gens cons.

    Ceux qui veulent s’en sortir, ceux qui respectent leur terre d’accueil, ceux qui veulent juste vivre comme Mr tout le monde malgré leur « différence », ceux qui ne font pas de mal, ceux qui sont victimes, ceux qui s’intègrent à la société, tous ces gens là méritent une chance.

    Merci pour ce témoignage si sincère.

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  5. C’est une très belle histoire, Agothtale, merci de l’avoir partagée. J’ai tout d’un coup l’impression de te connaître un peu mieux. J’espère sincèrement que l’association Refuge pourra continuer d’aider les gens comme lui.

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  6. Merci pour ton article, merci pour ces paroles de bon sens et d’humanité 🙂 ce n’est pas pour rien que nous sommes venus nous isoler ici, changeant notre vie, notre manière de vivre.
    La Société, elle est ce que l’on en fait. C’est toujours plus facile d’accuser les autres, de juger, de crier plutôt que de regarder que ce sont nos actes qui font notre quotidien. Si la plupart des gens donnaient un peu plus de valeur aux choses essentielles et non à leur possession ou du moins à ce qu’ils aimeraient posséder, nous aurions une chance d’être correct les uns envers les autres, un jour !!!! j’espère qu’il existe encore des personnes comme toi, je t’aime beaucoup, bisous, Fabienne

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    • Merci beaucoup, tu sais que c’est réciproque et que je vous admire ! D’ailleurs j’ai pensé à toi cet après-midi, en allant au parc regarder les agneaux nouveaux-nés !bisous cathy

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  7. le monde actuel est bien égoiste et aveugle sur le malheur des autres. des accidents de la vie qui peuvent amener à la rue, à la misère sociale, ça peut arriver à tout le monde. heureusement, il y a des gens qui ont ouvert les yeux.

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